La tempête du renouveau (les femmes)
Depuis la retraite anticipée de la reine du circuit, la Belge Justine Henin, le tennis féminin passe par tous les états d’âme. En effet, personne ne s’est encore détaché du peloton pour prendre sa place. Successeure désignée, la longiligne Maria Sharapova n’a pas tenu bien longtemps en tête et depuis quelques mois en balbutie même son tennis. La nouvelle numéro une mondial, la charmante Ana Ivanovic n’aura tenu que 12 semaines avec une interruption au profit de sa compatriote Jelena Jankovic pendant sept petits jours. Sa défaite au deuxième tour face Julie Coin aura été fatale. Finalement, au terme d’une bataille acharnée entre la multitude d’autres prétendantes, c’est la revenante Serena Williams qui reprend la place de numéro une qu’elle avait jadis occupée.
Le classement technique du circuit WTA se lit ainsi comme suit: 1. S.Williams 2. Jankovic 3. Ivanovic 4. Dementieva 5. Safina 6. Sharapova. Autant dire que ces six joueuses se tiennent dans un mouchoir de poche, l’écart entre la première et la sixième n’étant que de 1000 points, et que la hiérarchie devrait rapidement subir des modifications. Ce qui ne peut qu’être réjouissant car la bataille féroce que se livrent ces jeunes femmes offre un spectacle rarement égalé sur le circuit féminin.
Le tennis féminin a subi un changement de style impressionnant depuis l’avènement des soeurs Williams et de leur génération. Là où autrefois une Martina Hingis imposait son jeu très technique, désormais les cogneuses triomphent. Les balles fusent de plus en plus vite et le profil type de la sportive de haut niveau se résume de plus en plus à une joueuse très solide physiquement, capable de frapper très fort et de défendre extrêment bien.
L’arrivée de certaines tenniswomen plus complètes au niveau de leur coups d’attaque, mais toujours aussi puissantes, telles qu’Ivanovic, Jankovic ou Dementieva est une excellente nouvelle, en particulier pour le spectacle. En effet, le tennis féminin, autrefois taxé de très lent, est devenu beaucoup plus rapide et varié. L’embouteillage pour la place de numéro une est une autre excellente nouvelle, puisque les leaders n’ont guère le droit à l’erreur et se doivent d’assurer à tous les tournois. La faillite d’Ivanovic, qui après avoir remporté Roland-Garros et accédé au trône a subi une série d’échecs très tôt dans les tournois, l’a clairement montré, la numéro une est constamment talonnée par une meute affamée et doit à tout prix terminer à chaque fois dans les premières.
La preuve définitive est apporté par Jankovic qui bien qu’elle n’a gagné qu’un seul tournoi cette année à Rome est actuellement numéro deux et a même été numéro une pendant une semaine. Sa constance et sa régularité dans les tournois (elle atteint pratiquement chaque fois au moins les quarts ou les demis) l’a conduite aux avant-postes où elle guette la faute de la numéro une pour lui chiper aussitôt sa place. Mais Jankovic n’est pas la seule à lorgner sur la place de Serena.
Ana Ivanovic, bien que dépossédée de son trône entend bien remonter rapidement, une fois remise d’une blessure au poignet qui la handicape régulièrement. Elena Dementieva est enfin prête pour son heure de gloire. La Russe a comblé ses lacunes au service et se montre enfin à la hauteur de son immense talent, sa victoire aux jeux olympiques a fait d’elle la favorite de bien des observateurs. Dinara Safina, la soeur de Marat, est la révélation de l’année. Sa progression au cours de cette saison a été foudroyante, et même si comme son frère elle affiche encore une certaine faiblesse mentale, son jeu est vraiment redoutable. Finaliste aux JO et à Roland-Garros, vainqueure des tournois de Berlin, Los Angeles et Montréal, elle pourrait bien progresser encore rapidement et venir tutoyer les sommets. Derrière, Sharapova est en net recul depuis sa blessure à Rome. Mais la blonde va rapidement revenir et sa force de frappe intacte fait d’elle une sempiternelle prétendante.
Derrière tout ce petit monde, Svetlana Kuznetsova, qui aurait pu passer numéro une si elle avait gagné l’US Open, Agnieszka Radwanska, Vera Zvonareva ou encore Caroline Wozniacki mènent l’armada des filles de l’Est et leur marge de progression impressionne au moins autant que l’inusabilité du réservoir de talents à l’est de l’Europe. Nul doute que le tennis féminin va devoir attendre encore un moment avant de trouver sa reine!
Réhabilitons le dopage!
Avec le retour des beaux jours, le calendrier sportif donne à nouveau la part belle aux brebis galeuses que sont l’athlétisme et le cyclisme (Tour de France), pendant que les autres vont se gonfler discrètement dans les salles de muscu. Avec ces deux disciplines, au demeurant toujours très populaires, les soupçons (et pas que des soupçons) de dopage sont toujours au rendez-vous. Mais plutôt que de faire comme tout le monde et de tirer à boulet rouge sur ces malheureux, observons plutôt les énormes bienfaits qu’apporte le dopage au sport.
- Tout d’abord, on peut observer un renouvellement salutaire dans ces deux disciplines. En effet, depuis l’intensification de la lutte contre le dopage, le cyclisme et l’athlétisme ne font plus dans l’hégémonie lassante d’un seul sportif. Ici, pas de Federer ou de Schumacher, les cadors changent d’années en années et on a pas le temps d’apprendre à reconnaître notre sportif en un coup d’oeil sur le petit écran, qu’il disparaît déjà, éclaboussé par le scandale. Reconnaissez que c’est autrement plus rafraîchissant et passionnant!
- Grâce au dopage, les immenses et énervantes filiales publicitaires nous font le privilège de nous épargner les campagnes basées sur un cycliste. Ou du moins si elles le font, elles risquent de perdre des sous pour pas grand chose vu qu’une campagne de pub qui s’arrête après 4 mois d’exploitation c’est pas très rentable. Comme ça, il y en a plus pour les autres et c’est pas toujours les mêmes qui ramassent (bon d’accord, le foot en profite beaucoup et il était pas trop à plaindre mais que voulez-vous, le monde n’est pas parfait!)
- Le dopage est également un immense briseur de chômage! Pensez donc les milliers de laboratoires qui planchent, d’un côté pour aider ces pauvres coureurs brisés par la sauvagerie du milieu qui leur en demande toujours plus, et de l’autre pour tenter d’enrayer ce phénomène et offrir l’espoir aux centaines de sportifs propres (à noter que cette race a définitivement disparue du cyclisme depuis la retraite de Lance “Mr Je-reviens-de-l’enfer-sans-aide-médicale-et-je-massacre-tout-le-monde-toujours-sans-aide-médicale” Armstrong).
- Le dopage a relancé l’intérêt du public pour ces sports qui commençaient à s’essoufler. Ben oui, chaque année on se dit que le TDF sera mieux, que les coureurs seront plus propres alors on regarde un petit peu quand même. Et grâce au dopage, les caïds de l’athlétisme peuvent continuer à battre les records mondiaux (ce qui semble parfois un brin humainement impossible, mais je dois sûrement faire preuve de mauvaise foi). Parce que bon, un sport qui compte surtout sur les exploits chronométriques de ses stars l’aurait un peu mal si les records dataient tous des années 50…
Bref, nul doute que l’on pourrait continuer ainsi encore longtemps. Alors cessons donc de s’acharner sur ce pauvre dopage et reconnaissons enfin l’immense bien qu’il a fait au sport! Messieurs, tous à vos seringues!
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