On a retrouvé Federer!
C’est un Roger Federer retrouvé qui s’est magistralement imposé lundi soir en finale de l’US Open 2008 en battant Andy Murray sur le score cinglant de 6-2 7-5-6-2. Cette victoire, sa cinquième consécutive, ne souffre d’aucune discussion et signe le retour en grande forme du Suisse. Opposé au jeune Murray, impressionant bourreau de Nadal, Federer n’a jamais semblé en grande difficulté, tant son jeu avait retrouvé toute sa magie. Son adversaire du jour a eu beau tenté de lutter, il lui a manqué bien plus qu’un peu de réussite face à la leçon de tennis du numéro 2 mondial, qui “sauve” ainsi une saison bien pâlotte.
Le match commence avec un Roger Federer bien décidé à frapper d’entrée de jeu. Un jeu blanc conclu en moins d’une minute ouvre les feux. Murray ne se démonte et arme lui aussi un jeu rondement conclu à 40/15. Federer continue sur sa lancé mais Murray s’accroche et reste dans le sillage du Suisse. Mais celui-ci est décidé à ne pas laisser l’Ecossais s’installer dans le match, et le premier break intervient déjà à 4-2 sur une faute directe de Murray. “Rodge” a reglé la mire et ses coups droits claquent comme des coups de fusil et débordent sans cesse le pauvre Murray, qui de son côté est coupable de trop de fautes directes. La punition ne tarde pas et c’est un double break qui conclue ce premier set sur le score sec de 6-2. Murray semble tétanisé par l’enjeu (c’est sa première finale de grand chelem) alors que Federer est déchaîné.
le deuxième set est à peine commencé que Federer mène déjà 2-0. Inquiétant pour le spectacle, même si le Suisse nous régale de coups droits ultra puissants. Toutefois, Murray n’est pas non plus le premier venu et il démontre ses qualités de coeur en revenant dans la foulé à 2-2. L’Ecossais se lâche enfin et commence à poser plus de problèmes à son adversaire. Mais celui-ci ne semble guère gêner de devoir courir et c’est toujours lui qui semble le plus à l’aise sur le terrain. Murray ayant retrouvé son jeu et sa confiance, le spectacle commence enfin et les deux joueurs échangent alors quelques jeux superbes, même si les fautes directes restent nombreuses. Mais à 6-5 Federer, Murray craque sur son service, littéralement agressé par les montés au filet de Federer, qui conclue le break sur une course magnifique consécutive à une amortie un peu court de Murray. La rage du Suisse fait plaisir à voir et il s’adjuge le 2e 7-5.
Avoir perdu le 2e set semble avoir complètement assommé Murray qui est complètement à côté de ses baskets dans le 3e. Federer le submerge par son agressivité en coup droit comme sur ses montés rageuses, et l’Ecossais s’écroule totalement, subissant deux breaks en jeu blanc. Comme en plus il n’a guère le droit au chapitre sur les jeux de service du Suisse, il se retrouve rapidement mené 5-0 par un Roger en mode “Federer Express”. Le petit regard vengeur du Suisse au changement de côté en dit long sur sa détermination et sa rage de vaincre. Cela faisait bien longtemps qu’on avait plus vu Federer jouer aussi bien et afficher une telle gnac. Murray s’élance alors pour son baroud d’honneur, remportant son jeu de service à 40/15 et s’offrant un sursis. Il s’arrache ensuite pour débreaker une fois son adversaire, faisant preuve d’un très bel état d’esprit. Mais Federer est ce soir bien trop décidé et c’est sur le service de Murray, après un échange impressionnant durant lequel le numéro 2 mondial a mis toute la rage accumulée pendant cette saison frustrante dans son coup droit rageur, son premier smash et enfin son deuxième qui achève le valeureux Andy, que le match s’achève sur le score sans appel de 6-2 7-5 6-2!
Bravo à Andy Murray qui a eu le mérite de se battre jusque sur la dernière (et totalement désespérée) balle, malgré le fait que la match était plié. On regrettera pourtant d’avoir vu l’Ecossais stressé et bien trop nerveux, à mille lieux du flamboyant vainqueur de Nadal. Mais le mérite en revient tout particulièrement à Roger Federer. Le nouveau recordman du nombre de victoire consécutive à Flushing Meadows a été étincelant pendant toute la rencontre, se montrant très agressif sur ses montés au filet (31 gagnantes sur 44) et absolument injouable sur ses coups droits. Il consacre ainsi de la plus belle des manière son retour, faisant taire les critiques qui lui reprochait un certain désintérêt et lui prédisait une lente mais inéluctable descente. C’est le 13e titre du Grand Chelem pour le Suisse qui se rapproche à une victoire du record absolu de Pete Sampras. Mais ce soir, les records (pour une fois) n’importaient pas tant. Ce soir, Roger a envoyé un message clair et fort: il va falloir encore compter sur lui et il n’est pas prêt de s’écrouler. Ce soir, Roger a fait plaisir à tous les amoureux du tennis; oui, on continuera à admirer son jeu si magnifique, oui, il est de nouveau en possession de tous ses moyens. Et au final, même si ce dernier match n’a pas été à la hauteur des attentes, cette victoire pourrait bien se révéler l’une des plus belles de Federer.
La tempête du renouveau (les hommes)
De la même façon que la tempête a soufflé sur Flushing Meadows, apportant un vent bouleversant l’ordre des choses, un air de changement souffle sur le tennis de haut niveau en cette fin de saison. L’hégémonie de Federer avait déjà été mise à mal depuis quelques temps par Nadal, Djokovic était venu se joindre à la lutte pour les premières places, voilà qu’un petit nouveau vient encore bouleverser les choses. Andy Murray, 21 ans, écossais, a démontré tout au long de l’American tour et de l’US Open qu’il allait falloir compter sur lui à l’avenir. Son jeu tout en touché, en variations de rythme, son revers à deux mains monstrueux et sa défense digne de lutter contre celle de Nadal lui garantissent d’ors et déjà de belles empoignades avec les trois colosses du tennis masculin.
Alors que Federer a démontré qu’il était encore bien bien loin de s’écrouler, voilà que ce petit écossais se profile encore comme un redoutable adversaire pour le nouveau numéro un espagnol. Décidément, ce n’est pas de tout repos de s’asseoir sur le trône du roi! Les demis-finales ont en tout les cas prouvé ceci: l’ordre hiérarchique pourrait bien être bouleversé assez rapidement, tant les quatre hommes semblent proches les uns des autres. Elles ont également prouvé que le tennis ne pouvait que sortir grand vainqueur des affrontements futurs tant le spectacle proposé s’est révélé être un pur régal pour les yeux!
Entre Nadal, l’infatigable taureau au mental infaillible, Federer, le roi déchu qui garde toujours son jeu si pur et complet, Djokovic, le cogneur de coup droit au service ultra-puissant, et Murray, l’homme qui anticipe plus vite que son ombre, défenseur très aérien et rapide, la course au trône est lancé. Avantage Nadal, qui a fait trébuché l’immense Federer cette année après une moisson de titre impressionnante. Mais ce que cette fin d’année apprend, c’est que le gaucher de Manacor n’est pas invincible. Et il va avoir fort à faire face à un Federer vexé, décidé à récupérer son dû, un Djokovic aux dents très très longues qui va sans cesse en s’améliorant, et un Murray qui peut paraître anodin mais qui possède une confiance et des ambitions largement supérieur à être le quatrième homme.
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