Blog de Micky

Ils font le chevalier noir

Sans conteste la bombe cinématographique du moment, “The Dark Knight” rassemble les suffrages. Que ce soit de ceux des fans de film d’action explosif, ceux des afficionados du Nolan de Memento et Insomnia, à savoir un réalisateur à la vision sombre et pessimiste, ou encore que ce soit ceux des frustrés du capitalisme qui y voient une critique acéré de la société et de ses dérives. Mais là où “The Dark Knight” frappe très fort, c’est dans les immenses talents de conteur de son réalisateur, en particulier à travers les personnages du film.

Une des principale critique adressée à “Batman Begins” était l’utilité toute relative de Rachel Dawes. Certes, elle apportait la petite touche de romantisme indispensable à tout blockbuster hollywoodien qui se respecte, mais le personnage de Rachel, censé être une battante, avocate dans une ville où la notion de justice est à peine connue, se transformait en une potiche pathétique, complètement vampirisé par Bruce Wayne. La performance de Katie Holmes accentuait encore cet effet d’inutilité grossière. Changement de direction radical dans “The Dark Knight”. Exit Katie Holmes, welcome Maggie Gyllenhal. Et la soeur de Jack va tirer son épingle du jeu, bien aidé par un script qui fait de Rachel un personnage pivot de la relation Wayne/Batman, ainsi que Dent/Batman. Elle impose une image de femme forte, tout en restant suffisamment féminine pour éviter d’en faire trop. Moins dépendante de Bruce, elle s’affirme en femme libre et devient le déclencheur d’un des élément principal du film, la transformation d’Harvey Dent en Double-Face.

Harvey Dent, le procureur général de Gotham, est le nouveau justicier de la ville. Surnommé le chevalier blanc, par opposition à Batman, Dent incarne l’espoir de renouveau de la ville. Souriant, sûr de lui, fonceur, il n’hésite pas à affronter de face la toute puissante pègre de Gotham. Son alliance avec Gordon aboutit à un incroyable coup de filet qui fait de lui la star de la ville. Ce qu’il va payer très cher. En effet, le joker va s’en prendre rapidement à lui. Dent est le pendant clair de Batman. Alors que Batman se bat la nuit, masqué, Dent le fait à découvert selon des moyen légaux et courageux. Il représente ce que Batman a toujours rêvé d’être mais ne peut pas. Leur alliance est clairement représentative de cette dualité entre les deux héros. Dent est l’homme standard accessible tandis que Batman est le héros mystérieux et sombre. Ils se complètent idéalement. Leur relation amoureuse avec la même femme renforce encore ce fait. Mais Dent n’a pas l’avantage d’être inaccessible comme Batman, et ce détail va le mener à sa perte.

Piégé par le Joker, il va se faire brûler tout le côté gauche, le transformant en l’un des méchants les plus hauts en couleur de l’univers Batman, Double-Face. Ce sobriquet fait écho a son apparence physique ainsi qu’à sa manie de tout décider en jouant à pile ou face avec une pièce trafiquée (cette pièce a deux côtés “face” et aucun “pile”)! Transformé d’abord physiquement par le joker, puis psychiquement, Double-Face se transforme en dangereux tueur, ivre de vengeance, cruel et diaboliquement imprévisible. Double-Face est un terrible constat d’échec de la vie de tout un chacun. En effet, nous pouvons tous nous identifier à Dent, courageux idéaliste qui pense que la justice peut triompher. Mais nous nous identifions encore plus fortement à Double-Face, expression vivante de la dualité mal/bien qui existe en chacun, ayant perdu toutes illusions, désabusé par l’injustice qui règne sur ce monde. Aaron Eckhart est absolument extraordinaire, d’abord en Dent, décidé et vaguement idéaliste, puis en Double-Face, fou de chagrin et cherchant par tous les moyens à se venger. Eckhart se transforme en psychopathe déchaîné qui pourrait pratiquement concurrencer le joker dans sa folie furieuse. Dent, ennemi farouche du joker mue sous nos yeux en Double-Face, oeuvre du joker, diabolique et presque plus dangereux que son “maître”.

Fidèle compagnon de Batman et allié de Dent, le commissaire Jim Gordon, toujours joué par l’excellent Gary Oldman, devient un des personnages les plus intéressants. Oublié son rôle de faire-valoir de Batman dans “Begins”, Gordon est désormais un allié à part entière de l’homme chauve-souris. Il est sans doute le personnage le plus touchant, pour son inquiétude au sujet de sa famille, alors qu’il affronte les pires criminels de Gotham. Courageux et flic chevronné, il tremble pour sa famille, et joue d’imposture pour les protéger à tout prix. Le final entre Double-Face et lui-même est extrèmement puissant d’émotion entre un père déséspéré et la folie destructrice de Double-Face. Rongé de doutes et toutefois désireux de faire ses preuves, Gordon n’en devient plus que plus attachant en se libérant un peu de l’ombre de Batman. Oldman joue sur le registre de l’homme simple et luttant avec ses armes (par opposition à Batman qui dispose grâce à ses gadgets, d’avantages physique nettes), ce qui fait mouche et inspire au spectateur une nette empathie envers cet homme ordinaire qui lutte à armes inégales.

A propos d’homme ordinaire, en voilà deux qui ne le sont guère à la ville mais qui se transforment parfaitement dans ce film en fidèles acolytes de Batman. les immenses Michael Caine (Alfred, le serviteur dévoué) et Morgan Freeman (Lucius Fox, le zélé PDG de Wayne Enterprise) vous contemple du haut de leurs 96 années d’expérience cumulées au cinéma. Et c’est deux stars absolues qui se transforment en seconds rôles parfaits de justesse et de discrète assurance. Alfred et Lucius sont indispensables à Bruce Wayne, autant qu’à Batman. Leur aide discrète fait d’eux les gadiens parfaits du secret de Wayne. La performance tout en compréhension et en humour très pince-sans-rire de l’un comme de l’autre assure au film un atout comique nécessaire pour décompresser légèrement du reste de l’athmosphère.

Mais l’atout charme majeur du film reste sans conteste la personnalité éclatante de Bruce Wayne. Campé par un Christian Bale qui avait prouvé dans “Batman Begins” qu’il avait tout compris à Bruce Wayne (aussi bien ses souffrances que son imbuvable arrogance, son humour grinçant ou ses doutes), Wayne reste toujours aussi frais dans cet univers sombre au possible. Mais si dans “Begins”, Bruce Wayne restait d’humeur passablement égale une fois Batman créé, ici le personnage souffre bien plus. Menacé directement par le joker, Wayne se rend compte de ce qu’il doit devenir pour continuer à faire ce qu’il fait. Il songe donc à raccrocher, mais sera forcé à continuer sa lutte. Mais Wayne doit continuer à apparaître aux yeux de tous comme le milliardaire fêtard et inoffensif. Ce que Bale fait à meveille, tout en réussissant à montrer clairement les doutes et souffrances de l’homme qui doit tout supporter et ne peut rien révéler, car le mystère entourant Batman doit rester total.

septembre 8, 2008 Posté par micky12 | Cinéma | , , , , , , , , , | 3 commentaires

Wanted

Pas de chichis avec la dernière création du Russe Timur Bekmambetov. Wanted est un film d’action et le revendique. Dès le prologue, on est immédiatement plongé dans une décharge d’énergie et de violence savoureuse. Si les scènes d’action sont rondement ficelées et diablement efficaces, c’est malheureusement loin d’être le cas pour le reste. C’est que le scénario ne tient pas vraiment la route ( une secte d’assassins trucident joyeusement des inconnus parce que leur nom est apparu sur des bouts de tissus, prétendument que leur existence mettait en péril l’équilibre du monde). La lenteur et les innombrables incohérences logiques et scénaristiques alourdissent terriblement le rythme du film, transformant ainsi ce qui devrait mettre les choses en place pour des scènes d’actions par ailleurs franchement explosives, en longue et ennuyeuse attente du prochain déchainement.

Mais si on peut pardonner à un film d’action pure des lourdeurs dans le scénario et des dialogues laissant parfois retomber le soufflé, Wanted revendique une dimension moralisatrice qui le condamne. Bekmambetov voudrait réussir à faire passer son message sur la société capitaliste mensongère, le destin et les choix qui dictent notre vie, blablabla…En noyant ses scènes d’actions jouissives sous une montagne de propos qu’il tente de faire sonner juste, il ne fait que ralentir le rythme et achève de rendre ses personnages ridicules (celui de Morgan Freeman est notammen le summum du pathétique). Dommage, mille fois dommage.

Car les scènes d’actions, elles, déroulent. Energiques, nerveuses, délirantes et surtout très explosives, elles sont le véritable héros du film. Empruntant volontairement à Matrix, dont c’est la principale influence, Wanted parvient à rendre un visuel très énergique dans des scènes originales et efficaces. La scène de poursuite en voiture est une petite merveille du genre dans un style délirant et décalé, dans une décharge de couleurs rouges fuyantes, les cascades toutes plus dingues les unes que les autres se succèdent, soutenues magistralement par Angelina Jolie.

Angelina Jolie qui réussit le tour de force de crever l’écran en prononçant une dizaine de mots sur un peu moins de deux heures de film. Taillée dans le marbre des déesses grecques, elle impose sa carrure effrayante de tueuse sans peurs et sans remords, vampirisant carrément tout ce qui s’approche d’elle. Dans ce contexte, James McAvoy s’en tire très honorablement. Le petit médecin naïf du Dernier Roi d’Ecosse s’est transformé en tueur ivre de vengeance mais en gardant un côté interrogateur et crédule qui fait de lui le seul personnage potentiellement intéressant du film. Malheureusement, Bekmambetov ne tire pas les bonnes ficelles de Fight Club, la deuxième influence revendiqué par le réalisateur, laissant le personnage sur le palier de la porte.

Au final, Wanted s’affiche comme un divertissement très réjouissant, mais dont il est clair que le souvenir ne marquera pas le cinéma.

août 10, 2008 Posté par micky12 | Cinéma | , , , | 2 commentaires