Bons Baisers de Bruges
Renonçons d’emblée à classer ce premier long de Martin McDonagh dans un genre particulier. A la croisée entre le film d’action, la comédie noire, le thriller sombre ou même le “road-movie” existentiel, il oscille entre les genres, les mélangeant habilement, utilisant tout le potentiel de chacun d’entre eux. Tenter de le ranger dans le classeur pour donner une idée une idée de ce dont il s’agit serait donc follement réducteur et insultant pour une oeuvre qui confirme l’entrée en force du dramaturge anglais dans le monde du cinéma après son oscar pour son court-métrage “Six Shooter“.
Ken (Brendan Gleeson) et Ray (Colin Farell) sont deux tueurs professionnels. Expédiés par leur patron Harry (Liam Neeson) à Bruges pour attendre que le calme revienne après une mission totalement ratée (en voulant éliminer la cible, Ray a abattu un petit garçon). Le scénario se résume ainsi à voir les deux hommes s’occuper en attendant un coup de fil d’Harry. Si l’histoire semble basique son traitement est loin de l’être.
On peut aisément distinguer deux parties différentes dans la structure du film; la première, jusqu’à la matérialisation du fameux Harry, est une série de scènes semblant complètement détachées du reste du film. McDonagh insère dans ses plans une pure folie par l’introduction d’une galerie de seconds rôles délirants (un nain raciste, un trafiquant d’arme russe linguiste, un skinhead rancunier…) qui servent d’écrins au développement des personnalités de Ray et Ken, tout autant qu’ils sont un médium parfait pour l’humour noir et le cynisme surréaliste de McDonagh. Malgré l’apparent détachement des scènes les une par rapport aux autres, le rythme ne faiblit pas, grâce à un fil rouge bien défini (Ray se débat avec sa conscience suite à son meurtre qu’il ne se pardonne pas) et à un humour qui fait mouche.
Le rythme du film prend une tournure totalement débridée avec l’apparition d’Harry . La chasse entre les trois hommes est lancée et il ne s’agit plus dans cette deuxième partie d’attendre, mais d’échapper à la folie vengeresse d’Harry. L’histoire prend alors toute sa dimension dramatique et McDonagh dévoile tout son talent en liant ses deux parties sans le moindre soucis, gardant un côté ironiquement surréaliste et un humour ravageur et décalé, tout en imbriquant ses personnages secondaires dans l’intrigue dramatique avec un à-propos vertigineux (même si complètement burlesque dans le final).
Un tour de force rendu possible en grande partie par les excellentes performances des trois acteurs principaux. Liam Neeson est génial en tueur psychopathe rendu franc fou par l’échec de ses hommes de mains. Violent, vulgaire et en même temps tellement à cheval sur l’honneur, il fait exploser le film dès sa matérialisation, entraînant tout le monde dans une course à l’homme menée tambour battant. face à lui, Brendan Gleeson assure un rôle tout en douceur complètement saugrenue pour le tueur expérimenté qu’il est. Tranquille figure paternel face à Ray, il oppose une figure tout en sobriété à peine agacé en opposition aux chiens fous que sont Harry et Ray. Mais la révélation est sans conteste Colin Farrell. L’ancien beau gosse d’Hollywood est extraordinaire, oscillant sans cesse entre la comédie pure et l’émotion sans en faire trop, tout en restant parfaitement crédible.
Le naturel génial de ses interprètes permet au film de passer ainsi du drame au burlesque dans la même scène sans la moindre gêne, une particularité qui atteint son paroxysme dans un final déroutant où le drame rejoint l’action, la comédie et le “show” surréaliste, consacrant la maîtrise du réalisateur face à son intrigue, alors même qu’il semblait dans un premier temps débordé par son oeuvre.
-
Archives
- octobre 2008 (2)
- septembre 2008 (6)
- août 2008 (5)
- juillet 2008 (15)
- juin 2008 (4)
-
Catégories
-
RSS
Entrées RSS
Syndication RSS




