Blog de Micky

Burn After Reading

Après avoir frappé dans le sombre et le dramatique avec l’oscarisé “No Country For Old Men“, les frères Coen sont de retour avec ce qu’ils font de mieux, c’est à dire organiser un joyeux foutoire parfaitement maitrisé. Dans “Burn After Reading“, les deux frangins sont absolument géniaux, mettant les zygomatiques des spectateurs à rude épreuve, de même que leur logique.

Un ex-agent de la CIA (John Malkovich) perd son disque dur alors qu’il écrit vaguement ses mémoires. Deux employés d’une salle de sport (Brad Pitt et Frances McDormand) mettent la main sur ces données qu’ils pensent être du top secret. Ils tentent alors de vendre ces informations pour payer une opération de chirurgie esthétique. Leur tentative va être mise à mal par le manque de collaboration flagrante des parties aussi bien opposées que collaboratrice.

Comme à leur habitude, les Coen se montrent de redoutables meneurs d’acteur. Ils offrent à un casting aussi impressionant sur l’écran que sur le papier (Brad Pitt, Georges Clooney, John Malkovich, Frances McDormand, Tilda Swinton, sans oublier l’émouvant Richard Jenkins) l’occasion de briller de mille feux, ce que celui-ci ne va pas manquer de faire. Tous les acteurs sont absolument brillants, évitant habilement de tomber dans le potache malgré des rôles bien souvent à la limite de la caricature. Mention spéciale aux hilarants Brad Pitt, incroyable de naturel en idiot qui veut imiter les espions du cinéma, et Malkovich, éblouissant en ex-agent de la CIA complètement allumé et taré, prêt à tout faire tomber autour de lui. A leur côté, l’habitué des Coen, Georges Clooney, est toujours au top, jouant habilement à l’homme volage qui se découvre des émotions et un coeur qu’il ne soupçonnait pas. Frances McDormand irradie littéralement dans un rôle taillé à sa mesure, formant avec Brad Pitt une superbe brochette d’idiots complètement dépassés par les événements qu’ils ont eux-mêmes lancés.

Mais derrière l’apparent foutoir et l’humour politiquement incorrecte, c’est tout un pan de malaise humain auquel les Coen s’attaque. Couples en crise, problématique du regard des autres, quête d’identité, diktat de la beauté, c’est autant de thèmes porteurs mais toutefois difficiles à approcher sans tomber dans la franche dénonciation que le film aborde avec un ton qui ne se départit jamais de sa légèreté mais garde suffisamment de froideur pour pointer clairement du doigt toutes ces dérives de notre société.

En apparence moins ambitieux que “No Country For Old Men“, “Burn After Reading” se révèle pourtant être bien plus qu’un excellent divertissement, les Coen mêlant habilement le rire à la réflexion, le comique glamour au film à thème ambitieux. Par leur maîtrise total du scénario ils réussissent sans la moindre complication à relier tout une galerie de personnages et d’intrigues différentes pour créer un final complètement illogique dans lequel tout s’imbrique de façon suffisamment surréaliste pour laisser le chef de la CIA (hilarant J.K Simmons) à qui l’histoire est raconté totalement perdu, de même que le spectateur, soufflé par la fraîcheur et le génie des deux compères.

octobre 22, 2008 Posté par micky12 | Cinéma | , , , , , , , , , , | Un commentaire

Bons Baisers de Bruges

Renonçons d’emblée à classer ce premier long de Martin McDonagh dans un genre particulier. A la croisée entre le film d’action, la comédie noire, le thriller sombre ou même le “road-movie” existentiel, il oscille entre les genres, les mélangeant habilement, utilisant tout le potentiel de chacun d’entre eux. Tenter de le ranger dans le classeur pour donner une idée une idée de ce dont il s’agit serait donc follement réducteur et insultant pour une oeuvre qui confirme l’entrée en force du dramaturge anglais dans le monde du cinéma après son oscar pour son court-métrage “Six Shooter“.

Ken (Brendan Gleeson) et Ray (Colin Farell) sont deux tueurs professionnels. Expédiés par leur patron Harry (Liam Neeson) à Bruges pour attendre que le calme revienne après une mission totalement ratée (en voulant éliminer la cible, Ray a abattu un petit garçon). Le scénario se résume ainsi à voir les deux hommes s’occuper en attendant un coup de fil d’Harry. Si l’histoire semble basique son traitement est loin de l’être.

On peut aisément distinguer deux parties différentes dans la structure du film; la première, jusqu’à la matérialisation du fameux Harry, est une série de scènes semblant complètement détachées du reste du film. McDonagh insère dans ses plans une pure folie par l’introduction d’une galerie de seconds rôles délirants (un nain raciste, un trafiquant d’arme russe linguiste, un skinhead rancunier…) qui servent d’écrins au développement des personnalités de Ray et Ken, tout autant qu’ils sont un médium parfait pour l’humour noir et le cynisme surréaliste de McDonagh. Malgré l’apparent détachement des scènes les une par rapport aux autres, le rythme ne faiblit pas, grâce à un fil rouge bien défini (Ray se débat avec sa conscience suite à son meurtre qu’il ne se pardonne pas) et à un humour qui fait mouche.

Le rythme du film prend une tournure totalement débridée avec l’apparition d’Harry . La chasse entre les trois hommes est lancée et il ne s’agit plus dans cette deuxième partie d’attendre, mais d’échapper à la folie vengeresse d’Harry. L’histoire prend alors toute sa dimension dramatique et McDonagh dévoile tout son talent en liant ses deux parties sans le moindre soucis, gardant un côté ironiquement surréaliste et un humour ravageur et décalé, tout en imbriquant ses personnages secondaires dans l’intrigue dramatique avec un à-propos vertigineux (même si complètement burlesque dans le final).

Un tour de force rendu possible en grande partie par les excellentes performances des trois acteurs principaux. Liam Neeson est génial en tueur psychopathe rendu franc fou par l’échec de ses hommes de mains. Violent, vulgaire et en même temps tellement à cheval sur l’honneur, il fait exploser le film dès sa matérialisation, entraînant tout le monde dans une course à l’homme menée tambour battant. face à lui, Brendan Gleeson assure un rôle tout en douceur complètement saugrenue pour le tueur expérimenté qu’il est. Tranquille figure paternel face à Ray, il oppose une figure tout en sobriété à peine agacé en opposition aux chiens fous que sont Harry et Ray. Mais la révélation est sans conteste Colin Farrell. L’ancien beau gosse d’Hollywood est extraordinaire, oscillant sans cesse entre la comédie pure et l’émotion sans en faire trop, tout en restant parfaitement crédible.

Le naturel génial de ses interprètes permet au film de passer ainsi du drame au burlesque dans la même scène sans la moindre gêne, une particularité qui atteint son paroxysme dans un final déroutant où le drame rejoint l’action, la comédie et le “show” surréaliste, consacrant la maîtrise du réalisateur face à son intrigue, alors même qu’il semblait dans un premier temps débordé par son oeuvre.

octobre 15, 2008 Posté par micky12 | Cinéma | , , , , , , , | Pas encore de commentaires